Rapports d’étonnement après le voyage apprenant à Bruxelles (3-5 mai)

 

Pour moi l’objectif de ce voyage a été atteint : j’ai mieux compris le fonctionnement des Institutions européennes, la mise en perspective historique de l’Union, qui montre l’évolution vers un espace économique, au détriment d’un projet politique, et la perte de sens de ce projet. Ce sont sans doute des choses que l’on sait plus ou moins confusément, mais une telle expérience permet d’y mettre de l’ordre et de la cohérence. La grande qualité des intervenants y est sans doute pour beaucoup.

Mes prises de conscience essentielles sont de deux ordres :
– l’importance et le rôle majeur du Droit (donc des traités) dans le fonctionnement de l’UE. Il en est le garant. Je l’ai compris comme l’antidote nécessaire pour juguler la violence, comme le régulateur des tensions, et non plus comme une succession de normes tatillonnes et empêcheuses de « danser en rond ». En bref, je vois et pense maintenant ce rôle du Droit avec une majuscule.
– l’importance de retrouver sens à la construction européenne en mettant mieux en relief le rôle des intellectuels, philosophes, théologiens. D’où une question : les politiques et hauts fonctionnaires européens ont-ils une forme d’obligation de formation à ce niveau ? J’ai été marquée par les interventions de Bernard Philippe, en particulier son image de la cure psychanalytique appliquée au projet européen devenu illisible et bloqué. Il s’agit selon lui d’arriver à la reconstruction d’un récit narratif « pour se reconnaitre ».

Marie-Françoise Faisandier

 

L’inconvénient de rendre visite simultanément à l’essentiel des grandes institutions européennes est qu’apparaissent vite les divergences entre leurs logiques de fonctionnement respectives. Il semble qu’elles se soient déplacées et accrues avec le temps. Il leur manque aujourd’hui la vision commune qui avait présidé à leur naissance, peut-être parce que leur but (un certain niveau de prospérité économique) a été en grande partie atteint. On sent bien qu’une nouvelle vision doit prendre le relais, mais plus éloignée des soucis matériels immédiats des peuples, donc plus difficile à dessiner et à réaliser.

Au fond, à voir les exigences contradictoires auxquelles ses institutions sont confrontées, l’Union européenne m’est apparu comme un détecteur de nos cohérences et de nos incohérences. Elle joue ce rôle pour chacun des pays membres quand elle leur fait des rappels à la règle, ou qu’elle leur recommande d’avoir à se mettre en conformité avec ce qu’ils ont eux-mêmes décidé…

Patrick Boulte

 

Grâce aux relations de confiance de Jérôme Vignon, nous avons pu rencontrer des personnes exceptionnelles. Ces trois jours denses nous permettent une meilleure compréhension de l’Europe, de son fonctionnement et de ses problématiques. Le sens du bien commun, que nous avons clairement perçu, et qui est la base et la force de la construction de l’Union, exige auprès des jeunes générations une « nouvelle narration » pour retrouver toute sa légitimité. Comment les impliquer dans ce défi ?

Jacques Aujoulat

 

 J’avais eu l’occasion de travailler de 2000 à 2004, et sous d’autres latitudes (Turkmenistan, Arménie), pour la Commission Européenne dans le cadre de Projets TACIS (Technical Assistance to the Commonwealth of Independant States-CEI), mais je n’avais eu que peu de rapport avec le siège bruxellois des Institutions Européennes. Aussi ce voyage apprenant nous est apparu, à ma femme et moi, comme une occasion à ne pas manquer. Ma première impression très forte est celle de la complexité des institutions elles-mêmes. Nous nous y étions préparés, mais le défi de l’unité dans la diversité à 27 apparaît évident : complexité de l’organisation, des traités successifs, des principes de codécision et de régulation, sans oublier la multiplicité des sites géographiques et l’importance des mesures de sécurité requises par la situation actuelle.

La deuxième impression forte est liée à la nécessaire redécouverte de la vision des pères fondateurs qui ont imaginé le projet européen dans un contexte de ruines. Soixante ans après, on peut se demander avec l’intervenant Bernard Philippe si toutes les leçons ont bien été tirées de ce passé pour imaginer un futur commun : comme si des flèches restaient à tirer de notre carquois…

Un sujet d’étonnement a été pour moi la place proéminente accordée au droit dans tout ce qui se vit au sein des institutions. Il faut un temps pour prendre la mesure des conséquences, tant positives que négatives, de l’armature que constitue le droit dans les rapports entre eux les membres de l’Union.

François Collignon

 

Né sur la frontière franco-belgo-luxembourgeoise, j’ai baigné dans l’Europe très tôt. Ma première déception d’adolescent fut le rejet par la France de la Communauté européenne de défense (CED). Les autres citoyens européens sont pour moi des frères ou des cousins. Avec eux, je pense contribuer à renforcer cette famille de l’Europe qui doit vivre à cette taille pour être un interlocuteur utile et respecté des autres grands ensembles du monde. Ce voyage à Bruxelles m’incite à vouloir poursuivre heureusement cette belle route…

Jacques Remond

 

En quelques trois jours, nous avons eu le privilège de plus en apprendre sur l’Europe que nous n’avions pu le faire dans les dizaines d’années précédentes. Comment nos concitoyens, à défaut d’une meilleure communication des responsables, peuvent-ils mesurer ce qu’ils reçoivent quotidiennement de l’Europe et l’aimer davantage qu’ils ne la critiquent ? A notre petit niveau, comment contribuer à la renaissance d’un sentiment européen ?

François Milcent

 

Nous avons eu confirmation à Bruxelles de ce que nous ressentions : à savoir qu’une société n’existe que par un projet commun, des valeurs partagées, et que le tout- financier ne crée pas une communauté. Nous n’avons pas rencontré là-bas de « technocrates », comme on dit en découvrant parfois certaines directives européennes qui « empoisonnent » la vie, mais des gens passionnés par leur travail ; avec un grand souci des citoyens, lucides au sujet des transformations nécessaires et urgentes, prêts à les soutenir. Nous avons eu confirmation qu’avec de la détermination, on pouvait faire évoluer les choses dans le bon sens.

Nous avons aussi noté la naïveté de l’Europe face à la violence, son incapacité à la comprendre et à y faire face intelligemment : peut-être par la perte des clés de compréhension qu’apportent les religions. Pour redonner une envie d’Europe, dans le respect de l’esprit des pères fondateurs, peut-être convient-il de revisiter notre passé commun pour y rechercher le trésor de sens enfoui qui n’attend que d’être exploité…

Claudine et Bernard Clergeat

 

Ce qui m’a d’abord frappé à Bruxelles, c’est l’énorme machinerie des institutions européennes, que manifestent ces immeubles massifs aux formes géométriques, expression d’une rationalité assumée, où travaille la majorité des 65 000 agents de l’Union Européenne. En contraste, la chapelle de la Résurrection où nous avons fait étape, au cœur du quartier concerné, paraît bien frêle et fragile… C’est pourtant là peut-être que souffle le plus l’esprit européen. Ce grand corps a-t-il encore une âme ? Nous avons senti que l’initiative politique doit peut-être venir sous la forme de « coopérations renforcées » de certains groupes d’Etats.

Michel Lecolle

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