Biens communs et refondation de l’Europe (pcc L’illusion financière de Gaël Giraud)

1.1 L’Europe dans mon quotidien

Ai-je besoin, envie de l’Europe ? Oui – Non – Pourquoi

Oui, parce que nous n’avons jusqu’à présent pas trouvé de meilleur moyen de rapprochement de ses peuples et qu’elle a permis 70 ans de paix.
Non, pas de cette Europe dont la panne est tellement forte que la Commission a elle-même abandonné l’idée de dessiner un futur pour les opinions publiques. Si l’Union Européenne est menacée de collapsus, c’est que son coeur idéologique faiblit. La création de l’EURO monnaie unique, semblait être la continuation naturelle du grand marché unique, ce grand espace unifié par la monnaie et par la concurrence « libre et non faussée », où la nationalité devient indifférente à la circulation des biens et des personnes. Un vaste marché où les Etats demeurent, mais qu’ils sont impuissants à encadrer, du fait que la concurrence et la lutte contre l’inflation se sont élevées au rang de principes organisateurs souverains. Et où toute stratégie coopérative de réorientation apparaît impossible.

Si tout était possible, de quelle Europe je rêve ?

Concernant l’avenir de l’Europe, la campagne électorale aura révélé tous les tourments des francais. Il y a ceux, avec Mme Le Pen et M Asselineau qui souhaitaient « jeter le bébé avec l’eau du bain », il y a ceux qui souhaitaient la réorienter, voire la réinventer en contestant les traités, il y a ceux qui acceptent de s’inscrire dans le cadre actuel et avancent des propositions peu imaginatives pour la relancer, il y a enfin les partisans du statu-quo. Mis à part le projet de Parlement de l’Euro proposé par B. Hamon et imaginé par Thomas Piketty, bien peu d’idées nouvelles auront été avancées. Finalement, seuls les marchés auront fait campagne, à travers les variations des taux d’intérêt sur la dette publique, chaque fois que montaient les sondages pour JL Mélenchon ou Mme le Pen. Je rêve pour ma part d’une Europe de la fraternité qui prenne enfin le taureau de la finance par les cornes et qui cesse d’être – par un enfermement idéologique borné – l’idiote du libéralisme mondial .

1.2 L’Europe en France

Selon moi, la France a-t-elle besoin de l’Europe ? Oui – Non – Pourquoi

Le drame de l’Union Européenne peut s’interpréter ainsi : tant que nous étions cantonnés à des logiques nationales, régies par le concept d’Etat nation, la partition entre biens publics et bien privés pouvait sembler suffisante à la division des tâches entre Etat et Marché. A côté des biens privés (rivaux et exclusifs) et des bien publics (non-rivaux et non exclusifs), on rencontre des biens hybrides à la fois exclusifs et non-rivaux (ponts, autoroutes à péage, spectacles sportifs payants) et des biens non exclusifs et rivaux (zones de pêche, pâturages, systèmes d’irrigation, …) ; ce sont ces derniers biens qu’Elinor Ostrom désigne comme, des « Ressources communes ». Les documents fondateurs de l’Union Européenne n’utilisent jamais le lexique des biens et des services publics. Ils préfèrent employer le vocabulaire du « service d’intérêt général » ce qui laisse la place pour une production privée sous contrainte d’un cahier des charges fixé par des autorités publiques européennes. C’est dans l’interstice de cette nuance que pourrait s’ouvrir une brèche susceptible de nous sortir de l’impasse.

Si tout était possible, quelle Europe serait bonne pour la France ?

La construction européenne a fait surgir la dimension d’un commun entre européens. Hélas les traités successifs – entre autres sous la houlette de Valéry Giscard d’Estaing – ont imprimé au projet initial une direction qui l’éloigne de l’idéal d’une construction de communs en institutionnalisant au contraire leur privatisation.
En retirant des mains des puissances publiques nationales la gouvernance de ces biens, les institutions européennes n’en ont pas fait des communs mais des biens privés extraterritorialisés aux mains de 3 000 lobbies puissants dont l’influence affichée au grand jour et même souvent déterminante dans l’élaboration des directives, est gravée dans le marbre du Parlement.

1.3 L’Europe dans le monde

Selon moi, l’Europe est-elle nécessaire au reste du monde ? Oui – Non – Pourquoi

Non, mis à part l’exemple qu’elle pourrait représenter si elle fonctionnait correctement aux plans politique, économique, financier, fiscal, social et environnemental.
Dans l’état actuel, simple espace commercial libéral, que je souhaite provisoire, elle représente plutôt un contre-exemple.
En outre, l’unicité de la monnaie que certains nous envient, requiert une véritable fédération budgétaire qui accompagnerait les dissymétries économiques entre pays de la zone par de véritables transferts. L’euro comme monnaie unique ne survivra pas longtemps aux tensions internes qui agitent la zone. La vertu essentielle de l’euro en tant que monnaie unique, c’est d’avoir fait disparaître le risque de change entre les pays membres, manière de retirer des mains du marché la possibilité de spéculer avec les monnaies nationales.

Si tout était possible, quelle Europe serait bonne pour le monde ?

Il faut redonner au projet européen l’élaboration du bien commun dans les domaines du travail, de la terre et de la finance. On en est très loin !
Concernant l’énergie, accélérer la transition énergétique aiderait l’Europe à la fois à faire face aux changements climatiques et à sortir de la crise actuelle. En effet, depuis l’an 2000, sa dépendance énergétique n’a cessé d’augmenter: de 73 % à 84 % pour le pétrole, de 48 % à 65 % pour le gaz naturel, de 38 % à 62 % pour le charbon. Les énergies renouvelables produites localement (Hydraulique, PV, Eolien, Biomasse), bien qu’elles aient bondi de 60 % en 12 ans, n’entrent qu’à hauteur de 12 % dans la consommation énergétique finale des 27. L’objectif de 20 % pour 2020 va être très dur à atteindre. Sur le plus long terme, d’après Greenpeace, à condition de réduire la demande d’énergie de 40 % d’ici 2050, le gisement d’ENR (Energies Renouvelables) sur le continent pourrait satisfaire 92 % des besoins énergétiques. La hausse du prix correspondant ne serait pas un problème majeur pour l’économie européenne prise dans son ensemble : elle correspondrait à un transfert de richesse entre les consommateurs et les producteurs, certains d’entre eux étant d’ailleurs les mêmes (autoconsommation photovoltaïque par exemple). Mais c’est loin d’être le cas, puisque l’importation d’énergie n’a cessé d’augmenter. En effet, malgré une consommation globale orientée à la baisse ces dernières années (1 703 Mtep en 2011 pour 1 711 Mtep en 1999), la décrue de la production d’énergies fossiles sur le territoire européen est si rapide que la dépendance vis-à-vis de l’extérieur s’accroît fortement. Associé au renchérissement de l’énergie (+100 % en 16 ans alors que l’indice général des prix n’a augmenté que de 40 % sur la même période), cela a une traduction terrible dans la balance des comptes : en 1999 les 27 avaient importé pour 84 milliards d’euros d’énergie (1 % du PIB) et en 2011, on en était à 488 milliards (4 % du PIB). Sachant en outre qu’un emploi « coûte » 30 000 €/an en moyenne, le déficit énergétique de l’Europe représente l’équivalent de 16 millions d’emplois, alors que l’union compte 23 millions de chômeurs…
Il y a donc urgence à accélérer la transition énergétique pour trois bonnes raisons : lutter contre les dérèglements climatiques, rééquilibrer notre commerce extérieur, et créer des emplois locaux.

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